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Comité de Lecture du jeudi 22 février 2018


Bouley
ROMAN français
Clarence BOULEY, "TRISTAN"
 186P.
Sabine Wespieser 2018 - 3*
MOTS-CLÉS:  Insularité-Promiscuité-Nature-Passion amoureuse


Tristan da Cunha, un archipel de l’océan atlantique sud, au nord des 40èmes rugissants. Depuis Le Cap, Ida embarque à bord d’un des rares langoustiers pour cette île perdue. Elle  doit trouver sa place au sein d’une communauté très soudée et en accepter les règles et les usages. Elle accepte de partir avec trois hommes sur un îlot désert pour participer au sauvetage d'oiseaux mazoutés. Pendant quinze jours, hors du monde, elle va vivre une relation passionnée avec un homme marié. Le retour à Tristan s’avèrera douloureux, car dans cette société fermée  toute forme de transgression met en péril les enjeux moraux, familiaux et d’organisation de la communauté. Ce premier roman décrit avec intelligence les effets de l’insularité. L’auteur excelle dans l’évocation d’une nature à la beauté sauvage qui impose ses lois aux hommes. Un contraste saisissant avec nos sociétés d’abondance et de permissivité.                               
Lu par Evelyne Cosimi - BPT Vence
SchneckROMAN français
Colombe SCHNECK
"LES GUERRES DE MON PÈRE"

 337P.
Stock, 2018 – 2*
MOTS-CLÉS : Autobiographie-Famille juive,-Père/Fille


Colombe Schneck livre ici une enquête sur son père Gilbert, médecin, né en 1932, mort à 58 ans alors qu’elle en avait 20, et sur ses grands-parents juifs de l’Europe de l’Est qui survécurent aux rafles pendant l’Occupation. Elle révèle les blessures qu'il a subies en tant qu’enfant juif caché en Dordogne, puis en tant qu’adolescent perdant son père assassiné en 1949, et enfin en tant que médecin obéissant aux ordres pendant la guerre d’Algérie. L’auteure consulte des archives, retrouve des témoins, mêle des souvenirs  d’enfance, pour se défaire du poids de la filiation et tenter de mettre des mots sur les maux de sa famille. Vingt-cinq ans après la mort de son père, elle parvient enfin à se sentir digne d’être aimée, en osant affronter ce qu’il cachait, en se libérant d’un sentiment de honte liée à ce vécu familial. Son récit émouvant est un mélange de douceur et de rage, un voyage entre une histoire privée et l’Histoire collective.
Lu par Dominique Jalliffier - BPT Valbonne
DesbiollesROMAN français
 Maryline DESBIOLLES "RUPTURE"
 118P.Flammarion 2018 - 3*
 MOTS-CLÉS : Barrage-Tragédie-Romance

"Malpasset", "Mau Passet", "mauvais passage", "mauvais pas". "Pas seulement un lieu mal choisi, mais un méchant lieu. Le Mauvais, tu connais? Je veux pas te faire peur, j’ai bien plus peur que toi. Le barrage, il est construit à l’endroit du diable." Ce petit récit nous conte la rupture du barrage de Malpasset le 2 décembre 1959 à 21H : 423 morts entre le barrage, la vallée et les bas quartiers de Fréjus sur lesquels déferlent les eaux chargées de boue et de déchets dévastant tout dans un fracas épouvantable...Avec poésie et sensibilité la romancière décrit le parcours d'un jeune homme dont la jeunesse sera brutalement interrompue, pris entre ce chantier monumental auquel il va participer et sera responsable de cette tragédie, et la guerre d'Algérie. Pourtant il parviendra à découvrir l'amour et une passion : la photo. Peu de pages mais tellement d'émotion ! A lire absolument.                          Lu par Christiane Krasnopolski, - BPT Cagnes sur Mer
garcinROMAN français
Christian GARCIN
 "LES OISEAUX MORTS DE L'AMÉRIQUE"
 216P. Actes Sud 2018 – 3*
 MOTS-CLES : Las Vegas-Vétérans,-Misère,-Poésie


Les tunnels d'évacuation des eaux à Las Vegas servent de refuge à toutes sortes de marginaux dont des vétérans de guerre que la société a oubliés. Parmi eux, le vieil Hoyt Stappleton a pu survivre aux horreurs qu'il a endurées au Viêtnam grâce aux livres ramassés dans les poubelles des hôtels et grâce aux voyages dans ce qu'il imagine que sera le futur et dans ce que sa mémoire reconstitue de son passé. On pense à Beckett dont les personnages attendent un hypothétique Godot. Hoyt et ses compagnons attendent peut-être que se dévoile le sens de leurs existences fracassées. Mais ils cherchent aussi à conserver un semblant d'humanité dans le cadre factice de cette cité polluée par l'argent. Tout sonne vrai dans ce roman "américain" écrit par un français.
Lu Par Marguerite Gautier - BPT Beaulieu
guayROMAN Québécois
Christian GUAY-POLIQUIN
 LE POIDS DE LA NEIGE
 251P.Edit.de l'Observatoire 2018 – 3* -
MOTS-CLÉS : Survie–Neige-Huis clos-Relations humaines


Que s’est-il passé dans cette région isolée, qu’une longue panne d’électricité condamne peu à peu à la vie sauvage. Dans une véranda chauffée, Matthias s'occupe d’un homme accidenté juste avant l’hiver. Le vieil homme doit assurer la rémission du plus jeune en échange de bois de chauffage, de vivres et, surtout, d’une place dans le premier convoi qui partira pour la ville au printemps. La neige s’accumule, les deux individus ont du mal à tisser des liens, reste un face-à-face quasi immobile, toujours énigmatique et sourdement menaçant. Tiendront-ils le coup ? Un roman rare, de ceux qui savent jouer de la simplicité pour donner un sens à une vie qui semble en être dépourvu. Un récit sombre et hypnotisant qui nous tient sous tension jusqu’à la fin. Dépaysement garanti.
Lu par Joëlle GRENIER – BPT Juan Les Pins
contrucciROMAN français
Jean CONTRUCCI : LE VOL DU GERFAUT
- 235P.HC Editions 2018 - 2*
MOTS CLÉS : Panne d'inspiration-Monde de l'édition-Vengeance

Jean Gabriel Lesparres est un auteur à succès, il a obtenu le Goncourt, écrit de nombreux romans mais il a vieilli et est en panne d’inspiration : son nouvel ouvrage ne le satisfait pas. Seulement son éditeur le presse. Il décide alors de se faire voler son manuscrit à Marignane au retour de ses vacances.  Débute alors une multitude de problèmes puisque le roman qui devait être détruit, réapparait sous forme d’épreuve avec le nom d’une jeune romancière débutante. Il décide alors d’enquêter. Roman plein d’humour autant que de "vacherie"; Les vieilles haines ressurgissent…Quant à l’auteur, il règle ses comptes avec le monde de l’édition comme avec celui des "people". Très agréable à lire.
Lu par Christianne Vulvert - BPT Cagnes sur mer

Livres non retenus par le Comité de lecture

BergssonROMAN islandais :
Gudbergur BERGSSON
"IL N’EN REVINT QUE TROIS"
 207P.Métaillé 2018
MOTS-CLÉS : Islande, Solitude, Tradition, Guerre

Dans une ferme loin de tout vit une famille étrange : le grand père incontinent, la grand-mère qui enseigne à ses petites filles, des gamines confiées au vieux couple par leurs filles, le fils taciturne et puis il y a le gamin confié lui aussi au couple car sa mère est malade. Dans cette ferme désolée, sans route pour y conduire, deux jeunes Anglais vont faire irruption, puis il y aura un allemand et peu à peu la guerre et la modernité avec la radio, une éolienne, et surtout les américains et la route qui va les relier au monde. Et leur vie va basculer comme celle de toute l’Islande dans la modernité. Livre puissant, sombre d’une écriture âpre mais poétique comme les paysages rudes et lunaires de l’Islande.                            
Lu par Elisabeth Biasibetti, BPT du Port

benz
NOUVELLES USA
Chanelle BENZ,
DANS LA GRANDE VIOLENCE DE LA JOIE
 256P. Seuil 2018
 MOTS-CLÉS : Violence-Trahison-Filiation

En dix nouvelles, l’auteur évoque les tribulations d’un frère et d’une sœur braqueurs de banque et promis à la potence dans l’ouest américain. Une bande d’enfants tentant d’aider leur voisine à retrouver son amour de jeunesse. Une fille de diplomate plongée dans les eaux dangereuses des services secrets. Une esclave poète traversant le Sud ségrégationniste et récitant ses textes devant la bonne société. Un archéologue découvrant son propre passé dans les décombres d’une secte millénariste. Malgré l’originalité de la langue les personnages sont victimes d’un milieu social et d’une époque qui ne leur laissent que peu de choix. Ce genre de récit peut manquer d’intérêt pour nos lecteurs.                                              Lu par Anne Walters - BPT St Laurent du Var
polletROMAN français :
Philippe POLLET-VILLARD,
"L'ENFANT MOUCHE"
 419P.Flammarion 2017
 MOTS-CLÉS : Guerre-Enfance-Misère

Inspiré par l'histoire de sa mère, l'auteur nous raconte l'histoire de Marie, confinée dans un orphelinat jusqu'à son adoption en 1944 par une soi-disant "tante". Faute de papiers en règle, elles quittent Paris pour un petit village à l'Est de la France. Elles mènent une existence misérable sans le sou, rejetées par les autochtones, indifférentes à tout. Mais la "tante" tombe malade et Marie, à 12 ans, doit se débrouiller toute seule. La misère jusqu'au jour où Marie est embauchée à la plonge dans une caserne d'Allemands qui la baptiseront "la petite mouche". Une petite héroïne, sortie tout droit d'un conte d'une noirceur absolue, qui émeut, qui bouleverse. Très belle histoire, personnage de Marie très attachant, ce roman plaira à nos lecteurs
Lu par Nicole Parpirolles - BPT Beaulieu
sciannaROMAN italien :
 Giorgio SCIANNA"Manquent à l'appel"  206P.Liana Levi 2018
 MOTS-CLÉS : Illusions-Adolescence-Daech

Sur les quatre lycéens italiens partis en juillet pour des vacances en Grèce, un seul, Lorenzo, est revenu en novembre. Il est interrogé par la police et une cellule de crise est ouverte, comprenant parents, policiers et psychologues. Par les maigres informations que Lorenzo veut bien donner, on apprend que les jeunes garçons sont passés de Grèce en Turquie, puis de Turquie en Syrie. Fascinés par Daech, ils ont organisé ce voyage pour rejoindre un groupe terroriste syrien. Le roman passe en alternance de la cellule de crise où domine l'inquiétude et l'incompréhension des familles, au récit de Lorenzo qui reprend les préparations et les étapes du voyage. Le lecteur navigue entre le désarroi des parents et les motivations troubles des adolescents dans ce roman beau et sombre. Mais n'a-t-on pas entendu trop souvent ce genre d'histoires ?
Lu par Geneviève Chauvet - BPT du Port